Regard sur Jean Arène – 1991

Evelyne Duret

Regard sur Jean Arène – 1991

Evelyne Duret – Conservateur du Musée des Alpilles

Jean Arène et la magie de l’art.

Même invisible, l’homme est présent dans le tableau : c’est lui qui a planté ces cerisiers en fleurs et en cueillera les fruits, qui a construit et usé telles marches d’escalier, qui a posé ce chapeau de paille sur la table verte du jardin, et là sur le rebord de la fenêtre, lui encore qui a composé ce bouquet d’iris. L‘œuvre de Jean Arène est un hymne à la simplicité.

« Garder un esprit lucide, un cœur passionné, une main d’artisan pour dire la beauté. Savoir dire l’essentiel », note Jean Arène. Ses dessins disent la beauté de l’essentiel, et l’essentiel en beauté.

« Comme le sorcier, avec son doigt dans le sable, fait des signes pour se concilier des forces, entrer dans leur monde et acquérir leur puissance d’envoûtement et d’action, l’artiste trace en état intuitif des signes qui, sur sa toile blanche, le relient magiquement au monde caché des forces et de l’unité ».

Loin d’épuiser la richesse de l’œuvre de Jean Arène, sa valeur de témoignage, si importante soit-elle, n’est que la partie émergée d’une philosophie. Lorsqu’il dessine la cueillette des olives ou quand il peint la cuisine d’une famille de paysans, ce n’est pas seulement parce qu’il est conscient de l’urgence qu’il y a à fixer des modes de vivre et de faire, en récession ou condamnés :

« Je peins des paysans parce que je crois qu’ils sont avec certaines créateurs les derniers représentants d’une humanité qui vit la nature, à son rythme, et à travers elle, reçoit sa sagesse, sa vérité, son bon sens… »

« L’art n’est pas la représentation que l’on imagine, c’est l’esprit et le corps qui se servent de la forme et de la couleur pour explorer magiquement les mondes inconnus qui nous entourent et nous baignent » : l’art pour Jean Arène n’est pas une fin, mais un moyen magique d’entrer en communion avec la nature.

Il est essentiel pour Jean Arène de s’inscrire dans la chaîne idéale qui relie les hommes vivant cette harmonie avec le monde naturel, ou soucieux de la conquérir, chaîne qui les unit à travers le monde mais aussi d’une époque, d’une civilisation à l’autre. Aussi, loin de prétendre tout trouver en lui-même, attache-t-il une grande valeur à l’héritage : « apprendre à marcher en mettant ses pieds dans l’empreinte solide d’anciens, apprendre à grimper, le pas dans le pas vérifié et assuré du guide, profiter de son expérience, de son souffle pour monter plus haut qu’on n’aurait pu le faire seul… »

L’art n’est pas représentation, ni abstraction, il est communion comme l’amour… L’art, ce n’est pas une théorie qui annule les autres théories, une vision qui ridiculise les autres visions, c’est un tout formé d’une chaîne de travailleurs passionnés, de chercheurs lucides qui tous ensembles, sans le savoir, découvrent le monde et aident l’homme à vivre et à se dépasser.

Tenté un temps par l’art abstrait, déçu en 1970 par une expérience new-yorkaise dont il attendait la découverte du « grand art » et où il fit celle de l’imposture de prétendues avant-gardes et du marché de l’art, Jean Arène est revenu à la campagne et à la figuration. L’épisode new-yorkais, déterminant dans la quête de sa vérité, l’a conduit à opter pour le support le moins propre à nourrir la tricherie, le plus à même de satisfaire son besoin essentiel de fusion avec le monde naturel.

Peindre, selon Arène, « c’est arrêter le temps, le temps d’une communion, c’est prolonger le miracle d’une vérité entraperçue ».

Evelyne DURET
Conservateur du Musée des Alpilles
Saint-Rémy, 1991