Regard sur Jean Arène – 1991

Pierre Magnan

Regard sur Jean Arène – 1991

Pierre Magnan

La première fois que j’ai rencontré l’œuvre de Jean Arène, c’était au fond d’une cave profonde de 25 marches, et pourtant en bas, en dépit de la fumée ambiante, c’était le soleil qui éclatait sur tous les murs. Le soleil et la chair car l’on ne peut goûter l’œuvre de cet artiste que si l’on est bien pénétré de cette symbiose, l’une étant repoussée sur l’autre qui auréole et sublime.

Ce timide concentre toute son audace, dans ses volumes et ses clartés. Qu’il s’agisse de ses vieillards, de ses femmes, de ses murailles et de ses arbres en fleurs, il n’est pas une courbe ni un contour dont ses mains avant ses yeux n’aient d’abord fait l’expérience et n’en aient soupesé le poids. Les toiles d’Arène c’est de la sensualité à deux dimensions. L’amour secret des choses éternelles, ou éphémères, est caché comme une confidence dans chacun des sujets exposés. Il donne envie de toucher de caresser, de humer les choses ou, les êtres qu’il peint. Pour moi si je n’habitais pas un lieu aussi exigu, j’aimerais m’endormir chaque soir, rassuré, devant une toile d’Arène en face de mon lit. Et je suis sûr qu’au bout de dix ans, elle n’aurait pas fini de me suggérer toujours plus de nouveau.

Arène m’a dit qu’il avait tenté quelques incursions vers l’informel mais pour m’exprimer qu’il n’avait pu longtemps s’y tenir, il a eu un cireux mouvement de ses mains ouvertes, comme s’il était soudain étonné de les trouver vides. C’est qu’en vérité cette forme d’art, l’abstraction, jette dehors toute la sensualité et toute l’opulence de la chair du monde, opulence de quoi participent aussi bien les rondeurs de la femme que les mains inactives et fanées d’un vieillard pour toujours au repos.

Enfin, ce qui me plaît chez Arène, c’est que s’il peint un arrosoir, l’envie irrésistible me prend de l’aller remplir à la pompe voisine pour rafraîchir les pieds des fuchsias en fleurs qui débordent d’un massif en désordre. C’est ça l’amour de la vie. Ça se communique comme une maladie. Et dans cet art Jean Arène est passé maître.